Artiste plasticienne pluridisciplinaire, mon travail explore la porosité des frontières entre les règnes du vivant et défend l’idée d’une égalité ontologique entre les formes d’existence. À travers le dessin, la peinture, la sculpture et la fresque monumentale, je pratique l’hybridation pour mettre en lumière les relations ambivalentes que nous entretenons avec la nature. En faisant dialoguer le végétal, l’animal, le minéral, l’humain et l’artificiel, j’interroge notre illusion d’extériorité face au monde, ainsi que la hiérarchie d’émerveillement ou d’attachement que nous appliquons à notre environnement.

Cette sensibilité puise ses racines dans une enfance passée à la campagne, tandis que ma méthode se nourrit de mon parcours de designer industriel, métier que j’ai exercé durant plusieurs années. De cette double culture, j’ai conservé le réflexe de traquer et de collecter des correspondances visuelles dans le sauvage, le domestique ou l’urbain, afin de constituer une matériauthèque de formes, de textures et de gammes chromatiques. Je m’intéresse de près à la genèse des formes, qu’elles soient issues des mécanismes du vivant, de techniques artisanales ou de processus industriels. En décodant ces coïncidences formelles, je cherche à mettre au jour une sorte de codex de parentés secrètes. Cet inventaire alimente ensuite un travail de métamorphose, de déconstruction et de jeux d’échelle.

De ce processus naissent des chimères oscillant entre le familier et l’inconnu : la présence semble reconnaissable, tout en restant sauvage. Ce décalage visuel oblige à s’extraire de nos modes de pensée automatiques. Je réinterprète l’héritage culturel de nos représentations du vivant comme le dessin naturaliste ou les natures mortes, afin de produire un réalisme instable.

Mes projets se déploient du petit format à l’échelle monumentale. À l’atelier, mes pièces interrogent notre rapport sensible au monde, guidées par mes lectures ou mes propres expériences.

Hors les murs, mes fresques et installations murales investissent directement l’architecture et le territoire. Pour ces projets in situ, j’identifie les usages du lieu, ses reliefs urbains et ses présences humaines et non-humaines, afin que l’œuvre dialogue véritablement avec son environnement. En convoquant la paréidolie pour faire émerger de nouvelles présences, je cherche à retisser les liens sensibles qui nous unissent au vivant.